Le blog de Fulvio Caccia

25 février 2016

Roman-Feuilleton 24

Classé dans : Actualité — admin @ 22:23

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ROMAN-FEUILLETON : RAIN BIRD (24)

Je vous rappelle la proposition formulée au début de cette année. Depuis le 4 janvier, je publie chaque jour (lorsque je n’oublie pas) les les trente-trois chapitres de ce roman inédit sur mon site www.fulvio-caccia.com. ici vous ne lirez qu’un extrait . Si vous voulez lire la suite vous n’aurez qu’à cliquer sur le lien du blogue. A bon entendeur, salut !

24.

La page était bel et bien tournée. J’ai continué ma route et je me suis engouffré dans la station du RER sous le musée d’Orsay. Le règlement du divorce que je n’espérais plus imprimait en moi une étrange impression. C’était comme si je me retrouvais, vingt ans plus tôt, au moment de mon arrivée dans la capitale. Que s’était-il passé ? Où avais-je loupé le coche ? Le départ de Judith m’ouvrait de nouvelles opportunités. Mais lesquelles ? Et saurai-je m’en emparer? Le doute, toujours le doute.

J’ai regardé mes mains ; elles tremblaient légèrement. Autour, les usagers du métro entraient et sortaient par flots continus. Je me suis assis et ai regardé ma montre : plus de deux heures à attendre avant le rendez-vous avec l’avocat que lui avait trouvé Jim. Soudain la fatigue tomba sur moi comme si le dénouement de cet épisode de ma vie me permettait enfin de me relâcher. Je me suis assoupi quelques secondes ou quelques minutes, je ne sais plus. Des images, peut-être de souvenirs ou simplement l’ombre des voyageurs ont dansé devant mes yeux. Je les ai ouverts alors que je pensais les avoir fermés.

C’est alors que je la vis. C’était elle. J’en étais sûr. Elle sortait de la rame, lut le panneau d’indication et s’engagea vers la sortie. Elle n’avait pas changé ; sa démarche un peu timide, sa taille et son regard intense et curieux.

Dans la cohue, elle ne m’avait pas remarqué. Je me suis levé aussitôt et me mis à la suivre. D’autres images affluèrent : la première rencontre au café Daphné. J’ai senti tout de suite qu’elle était différente. Nous avions alors beaucoup parlé, elle m’avait dit qu’elle me donnerait bien un coup de main pour la correction d’épreuves de la revue. On s’était revus avec toute la bande. Puis en tête-à-tête…

Elle marchait d’un pas nonchalant et observait les façades comme si elle cherchait à en distinguer un détail : vitrail, corniche, beffroi. Sa démarche était insouciante. Elle longeait maintenant la rue de Lille. Soudain, s’apercevant qu’elle était suivie, elle se retourna. Elle ne bougea pas, me fixa droit dans les yeux. Un sourire énigmatique naquit sur ses lèvres. J’ai soutenu son regard, ne sachant trop si je devais avancer vers elle ou rester immobile. Alors elle baissa délicatement la nuque, un geste lent et gracieux comme la première fois que nous nous étions rencontrés. Mon cœur bondit dans ma poitrine. Car ce mouvement souverain du cou que les femmes ont parfois n’était pas de la soumission mais l’expression du consentement. Et je me retrouvais brusquement comme ce jour-là, ébloui, confus, ne sachant plus quoi dire. C’est elle d’ailleurs qui rompit le silence.

- Je savais que j’allais te rencontrer.

Elle sourit.

    • Je voulais que cela se fasse par hasard.

    • Paris, c’est grand ! Nous aurions pu ne pas nous croiser.

    • Cela n’aurait eu aucune importance, rétorqua-t-elle.

J’ai hoché la tête, confus.

    • Que deviens-tu ? Nous avons tellement de choses à nous dire.

    • Tu crois ?

Je me suis mordu les lèvres.

    • Pardon. Je ne voulais pas être indiscret. Peut-être n’es-tu pas venue seule ici ?

Une voiture klaxonna. J’ai tourné la tête.

    • J’aurais voulu t’inviter à dîner. Je n’ai pas cessé de penser à toi.

  • Menteur ! ironisa Corine.

Elle redevint sérieuse et poursuivit.

  • Je me suis demandé ce que je ferais si je te rencontrais.

Elle se tut, baissa les yeux, puis me fixa.

  • Allais-je t’ignorer, t’éviter, t’engueuler, fuir… Et puis maintenant…

  • Maintenant ? répondis-je avec une pointe d’anxiété.

Elle esquissa un sourire.

  • Je pars demain.

J’ai regardé autour de moi.

  • Qu’est-ce que tu as envie de faire ? lui demandais-je.

  • Marcher sur les quais.

Refaire à rebours avec mon ancienne flamme le trajet que je venais d’effectuer avec mon ex-femme vous paraîtra sans doute cocasse ou déplacé. Mais moi, au contraire, cela m’amusait. J’y voyais à l’oeuvre cette logique gémellaire de la reduplication qui avait forcé la porte de ma maison depuis trois semaines. Je ne cherchais pas à comprendre. À quoi cela aurait-il servi d’ailleurs ? Je n’avais qu’à vivre l’instant présent ; être à côté de Corine, lui dire ce que je n’avais pas su lui dire auparavant. Et cela seul comptait. Nous nous sommes engagés dans l’étonnante descente d’escaliers de pierre qui s’ouvre sur la Seine. Nous avons marché un moment sans échanger un mot.

Maintenant, sous la frondaison des arbres, d’immenses cumulus couraient dans le ciel et le transformaient en un paysage alpin avec ses crevasses, ses versants et ses pics neigeux.

    • Et ta fille Gabrielle ? lui ai-je dit.

    • Elle va bien. Elle a un amoureux et attend un bébé.

    • Et toi, tu es avec quelqu’un maintenant ?

Elle me regarda, un sourire en coin.

    • Après le père de Gabrielle, j’ai vécu dix ans avec un homme. On a décidé ensuite de conduire chacun sa vie. Et toi, répliqua-t-elle, mis à part de défrayer la chronique?

C’était la deuxième fois qu’une femme me faisait la remarque durant la matinée.

    • Comment l’as-tu su?

    • Nous aussi nous avons la télé ! C’est David qui l’a dit à ma fille.

    • Depuis deux semaines, tout se bouscule. Je ne sais pas ce qui se passe.

    • C’est à cause de ton bouquin ?

    • C’est drôle. Les rares personnes qui l’ont lu me reprochent d’en avoir trop dit ou pas assez sur eux et les leurs.

    • Moi je l’ai lu !

    • Ah bon ! J’espère que tu ne t’y es pas reconnue aussi.

    • Cela m’aurait étonné.

    • Pourquoi ?

Elle réfléchit.

    • C’est un roman de mecs, de transmission.

    • Déçue?

Elle fit la moue.

    • J’étais curieuse de savoir comment tu allais transformer la réalité en fiction. Allais-tu parler de notre relation ? Tu vois, ma motivation était très frivole.

Un sourire complice s’afficha sur son visage.

    • Et ce meurtre alors, il a bien eu lieu?

    • Oui ! Mais pas là où je l’avais imaginé. Et ça change tout. D’ailleurs, je ne suis pas seul à l’avoir pour ainsi dire anticipé. Mais c’est moi qui écope.

Elle éclata de rire.

    • C’est sans doute parce que tu es un homme. Et que la culpabilité te colle à la peau.

Elle avait raison. Je la vis s’arrêter et mettre ses mains sur les hanches.

    • Et moi ? tu ne m’as même pas donné de rôle ! Si tu l’avais fait, ton roman serait devenu un best-seller ! dit-elle d’un ton faussement sévère.

    • Dans le prochain, c’est sûr… si je sors de la mouise !

    • Quel rôle me réserves-tu ?

    • Le meilleur évidemment. Que dirais-tu de celui que tu interprètes maintenant ?

    • La revenante ?

    • Non ! La belle au bois dormant !

Notre rire commun se prolongea un long moment.

    • A cet épisode, il faudra que tu m’embrasses !

Elle tendit ses lèvres et ferma les yeux.

14 février 2016

ROMAN-FEUILLETON : RAIN BIRD (24)

Classé dans : Actualité — Tags :, , — admin @ 20:06

Plus que neuf chapitres ! Vous pourrez ensuite les imprimer , les relier et vous demander une dédicace ! Tout ça gratis. Chanceux va! .
En attendant, je vous rappelle la proposition formulée au début de cette année. Je publie (lorsque je n’oublie pas) les les trente-trois chapitres de ce roman inédit sur mon site www.fulvio-caccia.com. ici vous ne lirez qu’un extrait . Si vous voulez lire la suite vous n’aurez qu’à cliquer sur le lien du blogue. A bon entendeur, salut !
24.
La page était bel et bien tournée. J’ai continué ma route et je me suis engouffré dans la station du RER sous le musée d’Orsay. Le règlement du divorce que je n’espérais plus imprimait en moi une étrange impression. C’était comme si je me retrouvais, vingt ans plus tôt, au moment de mon arrivée dans la capitale. Que s’était-il passé ? Où avais-je loupé le coche ? Le départ de Judith m’ouvrait de nouvelles opportunités. Mais lesquelles ? Et saurai-je m’en emparer? Le doute, toujours le doute.
J’ai regardé mes mains ; elles tremblaient légèrement. Autour, les usagers du métro entraient et sortaient par flots continus. Je me suis assis et ai regardé ma montre : plus de deux heures à attendre avant le rendez-vous avec l’avocat que lui avait trouvé Jim. Soudain la fatigue tomba sur moi comme si le dénouement de cet épisode de ma vie me permettait enfin de me relâcher. Je me suis assoupi quelques secondes ou quelques minutes, je ne sais plus. Des images, peut-être de souvenirs ou simplement l’ombre des voyageurs ont dansé devant mes yeux. Je les ai ouverts alors que je pensais les avoir fermés.
C’est alors que je la vis. C’était elle. J’en étais sûr. Elle sortait de la rame, lut le panneau d’indication et s’engagea vers la sortie. Elle n’avait pas changé ; sa démarche un peu timide, sa taille et son regard intense et curieux.
Dans la cohue, elle ne m’avait pas remarqué. Je me suis levé aussitôt et me mis à la suivre. D’autres images affluèrent : la première rencontre au café Daphné. J’ai senti tout de suite qu’elle était différente. Nous avions alors beaucoup parlé, elle m’avait dit qu’elle me donnerait bien un coup de main pour la correction d’épreuves de la revue. On s’était revus avec toute la bande. Puis en tête-à-tête…
Elle marchait d’un pas nonchalant et observait les façades comme si elle cherchait à en distinguer un détail : vitrail, corniche, beffroi. Sa démarche était insouciante. Elle longeait maintenant la rue de Lille. Soudain, s’apercevant qu’elle était suivie, elle se retourna. Elle ne bougea pas, me fixa droit dans les yeux. Un sourire énigmatique naquit sur ses lèvres. J’ai soutenu son regard, ne sachant trop si je devais avancer vers elle ou rester immobile. Alors elle baissa délicatement la nuque, un geste lent et gracieux comme la première fois que nous nous étions rencontrés. Mon cœur bondit dans ma poitrine. Car ce mouvement souverain du cou que les femmes ont parfois n’était pas de la soumission mais l’expression du consentement. Et je me retrouvais brusquement comme ce jour-là, ébloui, confus, ne sachant plus quoi dire. C’est elle d’ailleurs qui rompit le silence.
- Je savais que j’allais te rencontrer.
Elle sourit.
Je voulais que cela se fasse par hasard.
Paris, c’est grand ! Nous aurions pu ne pas nous croiser.
Cela n’aurait eu aucune importance, rétorqua-t-elle.
J’ai hoché la tête, confus.
Que deviens-tu ? Nous avons tellement de choses à nous dire.
Tu crois ?
Je me suis mordu les lèvres.
Pardon. Je ne voulais pas être indiscret. Peut-être n’es-tu pas venue seule ici ?
Une voiture klaxonna. J’ai tourné la tête.
J’aurais voulu t’inviter à dîner. Je n’ai pas cessé de penser à toi.
Menteur ! ironisa Corine.
Elle redevint sérieuse et poursuivit.
Je me suis demandé ce que je ferais si je te rencontrais.
Elle se tut, baissa les yeux, puis me fixa.
Allais-je t’ignorer, t’éviter, t’engueuler, fuir… Et puis maintenant…
Maintenant ? répondis-je avec une pointe d’anxiété.
Elle esquissa un sourire.
Je pars demain.
J’ai regardé autour de moi.
Qu’est-ce que tu as envie de faire ? lui demandais-je.
Marcher sur les quais.
Refaire à rebours avec mon ancienne flamme le trajet que je venais d’effectuer avec mon ex-femme vous paraîtra sans doute cocasse ou déplacé. Mais moi, au contraire, cela m’amusait. J’y voyais à l’oeuvre cette logique gémellaire de la reduplication qui avait forcé la porte de ma maison depuis trois semaines. Je ne cherchais pas à comprendre. À quoi cela aurait-il servi d’ailleurs ? Je n’avais qu’à vivre l’instant présent ; être à côté de Corine, lui dire ce que je n’avais pas su lui dire auparavant. Et cela seul comptait. Nous nous sommes engagés dans l’étonnante descente d’escaliers de pierre qui s’ouvre sur la Seine. Nous avons marché un moment sans échanger un mot.
Maintenant, sous la frondaison des arbres, d’immenses cumulus couraient dans le ciel et le transformaient en un paysage alpin avec ses crevasses, ses versants et ses pics neigeux.

Et ta fille Gabrielle ? lui ai-je dit.
Elle va bien. Elle a un amoureux et attend un bébé.
Et toi, tu es avec quelqu’un maintenant ?
Elle me regarda, un sourire en coin.
Après le père de Gabrielle, j’ai vécu dix ans avec un homme. On a décidé ensuite de conduire chacun sa vie. Et toi, répliqua-t-elle, mis à part de défrayer la chronique?
C’était la deuxième fois qu’une femme me faisait la remarque durant la matinée.
Comment l’as-tu su?
Nous aussi nous avons la télé ! C’est David qui l’a dit à ma fille.
Depuis deux semaines, tout se bouscule. Je ne sais pas ce qui se passe.
C’est à cause de ton bouquin ?
C’est drôle. Les rares personnes qui l’ont lu me reprochent d’en avoir trop dit ou pas assez sur eux et les leurs.
Moi je l’ai lu !
Ah bon ! J’espère que tu ne t’y es pas reconnue aussi.
Cela m’aurait étonné.
Pourquoi ?
Elle réfléchit.
C’est un roman de mecs, de transmission.
Déçue?
Elle fit la moue.
J’étais curieuse de savoir comment tu allais transformer la réalité en fiction. Allais-tu parler de notre relation ? Tu vois, ma motivation était très frivole.
Un sourire complice s’afficha sur son visage.
Et ce meurtre alors, il a bien eu lieu?
Oui ! Mais pas là où je l’avais imaginé. Et ça change tout. D’ailleurs, je ne suis pas seul à l’avoir pour ainsi dire anticipé. Mais c’est moi qui écope.
Elle éclata de rire.
C’est sans doute parce que tu es un homme. Et que la culpabilité te colle à la peau.
Elle avait raison. Je la vis s’arrêter et mettre ses mains sur les hanches.
Et moi ? tu ne m’as même pas donné de rôle ! Si tu l’avais fait, ton roman serait devenu un best-seller ! dit-elle d’un ton faussement sévère.
Dans le prochain, c’est sûr… si je sors de la mouise !
Quel rôle me réserves-tu ?
Le meilleur évidemment. Que dirais-tu de celui que tu interprètes maintenant ?
La revenante ?
Non ! La belle au bois dormant !
Notre rire commun se prolongea un long moment.
A cet épisode, il faudra que tu m’embrasses !
Elle tendit ses lèvres et ferma les yeux.









11 février 2016

Roman-feuilleton (23)

Classé dans : Non classé — admin @ 11:22

23. Ça y est, cette fois, c’est la bonne. Je me pince pour y croire. Sur les marches du palais de justice, il y a Judith, moi en compagnie de nos avocats respectifs. Après les salutations d’usage, ceux-ci s’éclipsent d’un pas pressé. Il est environ 11 h. La journée est resplendissante. Nous sommes désormais divorcés. On se regarde gênés. Judith porte une robe blanche en organdi qui met en valeur ses épaules et sa taille fine. Cela lui donne l’allure d’une jeune mariée.

  • Tu prends le métro?

  • Non, j’ai rendez-vous au café du Louvre.

Je lui demande bêtement si je peux l’accompagner. Elle accepte. Nous voilà déambulant le long de la Seine, comme deux touristes. Je la regarde à la dérobée, intimidé. Elle est radieuse. Je le lui dis. Elle éclate de rire. “Ma parole, tu me dragues !”

  • Bien sûr ! ai-je balbutié.

Elle rit de plus belle.

  • Dis-moi, au lieu de me refaire la cour, Roméo, as-tu des nouvelles de David ?

C’est ainsi que nous avons enchaîné sur l’une de nos conversations qui empoisonnaient nos journées : David. Car nous n’étions d’accord sur rien à son propos. Les choses avaient changé maintenant. Il m’avait en effet donné des nouvelles. Il avait trouvé du travail comme appariteur dans un théâtre. De plus, il s’était réinscrit à la fac de droit. Ce qui gonfla sa mère d’aise.

Elle marchait d’un pas vigoureux.

  • Et toi, depuis ton pugilat médiatique ?

Je lui ai dit, en me massant l’arcade sourcilière, que j’avais rendez-vous avec un autre avocat dans l’heure qui venait. On a marché un moment ensemble, silencieux. Nous avons croisé la place Saint-Michel où nous nous étions donné rendez-vous la première fois. Mais ni elle ni moi n’avons pipé mot. La circulation s’était intensifiée. Les échoppes des bouquinistes bourdonnaient d’activité. Nous avons longé la berge. Quelque chose m’intriguait.

  • Pourquoi finalement as-tu décidé de divorcer ? Tu as accepté toutes les conditions, je n’en reviens pas !

Elle se tourna vers moi, embarrassée et rieuse à la fois.

- Je voulais te l’annoncer un peu plus tard mais autant te le dire tout de suite : je déménage à la fin du mois. Je quitte Les Lys.

Je suis resté bouche bée.

  • Ah ! Et pourquoi ?

  • Tu ne comprends pas, dit-elle, en secouant la tête. Décidément, tu ne changeras jamais !

C’est alors que j’ai compris.

  • Tu es amoureuse ?!

Son rire se transforma en gloussements de jeune fille. Mais aussitôt je me suis rembruni.

  • Je le connais ? ai-je demandé stupidement.

Elle se rebiffa. Elle me dit dans la précipitation : primo, que non je ne le connaissais pas ; secundo, que c’est un être absolument délicieux ; tertio, qu’elle allait le rejoindre à Aix où il avait un important cabinet d’architecte ; quarto, qu’elle y avait déjà loué son bureau.

Je n’en revenais pas. Tout cela me semblait si soudain. Ce qui me valut cette réplique acide.

        • Avec toi, j’ai été vaccinée !

C’était parfaitement stupide de ma part, je le reconnais.

  • Ne fais pas cette tête. La voie est libre. Tu ne seras plus en concurrence avec moi

  • Non . J’ai renoncé. Je ne suis pas assez doué pour ça. J’ai trop de “failles narcissiques” comme beaucoup d’hommes . C’est ainsi que tu le dis

Elle sourit

  • Que vas-tu faire ?

  • Je ne sais pas encore. Je trouverai bien.

Nous nous arrêtâmes un moment à l’entrée du pont des Arts, couvert de cadenas. J’ai eu un pincement au cœur. Mais c’est Judith qui parla cette fois.

    • C’est ici que tu m’as embrassée, tu te souviens.

    • Et comment !

    • C’était très romantique. Et toi qui n’osais pas parce que j’étais encore avec mon petit ami. Tu étais très amoureux, gloussa-t-elle, et je l’étais aussi. Je lui ai pris les mains et ai voulu l’embrasser. Elle s’écarta.

  • Ne regrettons rien. Nous avons fait un bout de chemin ensemble et nous avons un fils magnifique. Et une vie intéressante. Peu de gens peuvent aujourd’hui en dire autant. Mais la page est tournée. C’est ici que nos chemins se séparent.

Elle me serra longuement dans ses bras, puis s’engageasur le pont des Arts sans se retourner.

5 février 2016

ROMAN-FEUILLETON : RAIN BIRD (22)

Classé dans : Actualité — Tags :, , , — admin @ 19:02

L’arcane 22 qui n’est pas numérotére  c’est le Le Mat. Les symboles en sont le baluchon (image de nos bagages, de nos souvenirs…), le bâton (représente souvent une aide, un guide, un appui mais aussi un support…), le personnage en mouvement (image de fuite, de mouvement, d’action, d’aventure…), le chien (symbole de notre attachement à notre passé ou nos habitudes…).

*
Je vous rappelle la proposition formulée au début de cette année. Depuis le 4 janvier, je publie chaque jour (lorsque je n’oublie pas) les les trente-trois chapitres de ce roman inédit sur mon site www.fulvio-caccia.com. ici vous ne lirez qu’un extrait . Si vous voulez lire la suite vous n’aurez qu’à cliquer sur le lien du blogue. A bon entendeur, salut !

22.

La sonnette résonna à 8 h tapantes. Encore ensommeillé, je suis allé ouvrir. Un homme en bleu de travail, un cure-dent au coin de la bouche, attendait, accoudé dans l’embrasure de la porte. C’était Fernand, le menuisier. Derrière lui étaient empilées en bon ordre six boîtes à outils.

  • Bonjour, monsieur Fox ? Je ne vous réveille pas, j’espère.

Je le regardais, ahuri. Je lui ai fait signe d’entrer. J’avais complètement oublié qu’il venait aujourd’hui.

  • Tant mieux. Parce que, quand il est l’heure, il est l’heure ! dit-il jovial en entrant ses outils.

  • Vous voulez voir la maison ?

  • Inutile. Je la connais.

Mon interlocuteur devina ma perplexité.

  • L’ancien propriétaire m’avait déjà fait faire la cuisine et les escaliers.

  • Très bien ! Et vous croyez que trois semaines seront suffisantes pour finir le chantier ?

  • Largement.

Il posa la dernière boîte à outils par terre et se tourna vers moi, l’oeil espiègle.

  • Vous savez, je serai là huit heures par jour, cinq jours par semaine.

J’ai acquiescé en me dirigeant vers la cuisine, Fernand à ma suite.

- Quand madame Henriette m’a parlé de vous… ça a fait tilt! « Mais je le connais! C’est le type qui s’est bagarré à la télé ! » Même que je l’ai dit à ma femme… elle n’en revenait pas ! Méfie-toi quand même qu’elle m’a dit. Avec ces artistes, on ne sait jamais ! « Penses-tu ! » que je lui ai répondu. « Ce type est bon comme du bon pain, ça se voit sur sa figure ! »

  • Un café ? ai-je demandé, froidement.

  • Volontiers.

Les mains sur les hanches, le menuisier s’était planté devant la descente d’escalier et hochait la tête.

  • J’en ai bavé pour faire cet escalier. “Impossible!” avait dit l’architecte. Impossible, mais pas pour Fernand ! Regardez ! Il n’est pas beau, avec sa rampe dorée ! Les marches sont en iroko, un bois africain imputrescible. J’ai dû faire trois menuiseries pour en trouver.

  • Vous le voulez comment votre café ?

  • Fort !

Fernand s’engagea dans l’escalier, une boîte à outils dans chaque main.

Je le regardais monter en sifflotant ; à peine avais-je mis la cafetière italienne en marche que le téléphone sonna.

  • Je me suis permis de vous appeler, chuchota Henriette, car comme je savais que Fernand serait là ce matin, vous seriez sûrement réveillé.

  • Vous avez bien fait.

  • Il est un peu envahissant mais c’est un excellent ouvrier, vous verrez. Il est bien arrivé, non ?

  • Si, si.

Elle fit une pause et ajouta, plus bas.

  • Bon. Je voulais vous parler de notre petite enquête : j’ai continué mes recherches. Le médium de l’expérience se trouve être l’arrière-grand-mère de la victime. Son fils est parti aux colonies ; il avait une grande ferme dans les Aurès. Il s’est marié avec la fille du maire du village qui lui donna uniquement des filles. Le grand-père fut impliqué durant la guerre de libération. Mais il avait choisi le mauvais camp. Il fut assassiné. Le père de la victime jura de le venger avant de rentrer en France et puis de disparaître à son tour mystérieusement.

  • Etrange. On dirait une sorte de vendetta prémonitoire.

  • La question se pose : qui a tué le grand-père ?

Elle marqua une pause.

  • Vous ne devinerez jamais son nom ?

  • Je donne ma langue au chat.

  • Driss Yacine ! Comme la victime!

  • Comment le savez-vous ?

  • Eh bien, tous les mercredis, je fréquente un club de Scrabble. Il y a plusieurs dames qui ont eu de la famille en Algérie. Figurez-vous que l’une d’entre elles…

Le café siffla au même moment.

  • Je dois vous quitter, interrompis-je.

J’ai raccroché au même moment où Fernand descendait.

  • Alors ? Votre verdict ?

  • C’est ce que je pensais, deux semaines de travail à plein temps. Peut-être un peu plus.

Le menuisier se gratta la tête.

    • C’est la plomberie. Qui l’a faite ?

    • C’est moi !

Il sourit d’un air entendu.

    • Je vois. Ne vous inquiétez pas. Je vais rattraper le coup.

4 février 2016

Roman feuilleton : Rain Bird (21)

Classé dans : Actualité — Tags :, , — admin @ 11:11

LA CARTE 21 SIGNIFIE LE MONDE. L’archéométrie de base de l’Arcane 21 est suivant la loi de Moîse : 7 que divise 21, 3 face à 3. Elle synthétise l’ensemble du Tarot. Alchimiquement, le monde représente le soufre, triangle surmontant la croix, soleil en saturne dans la maison de vénus. Il peut aussi signifier la révolte, voire le renversement d’un tyran.

Je vous rappelle la proposition formulée au début de cette année. Depuis le 4 janvier, je publie chaque jour (lorsque je n’oublie pas) les les trente-trois chapitres de ce roman inédit sur mon site www.fulvio-caccia.com. ici vous ne lirez qu’un extrait . Si vous voulez lire la suite vous n’aurez qu’à cliquer sur le lien du blogue. A bon entendeur, salut !

21.

Dans un petit appartement du 19e arrondissement, le commissaire Marleau avait lui aussi terminé de dîner, si l’on peut dire, maintenant assoupi sur sa table encombrée de documents écornés. Son crâne clairsemé baignait dans la clarté bleutée de l’ordinateur qui émettait l’image de poissons tropicaux flottant dans une mer d’améthyste. À sa gauche, juste à côté du cendrier débordant de mégots, une boîte de pizza déchirée avec, à l’intérieur, les croûtons de pâte. Une bouteille de soda vide lui tenait compagnie. La pièce ne devait pas faire plus de 25 m2. C’était une double chambre de bonne aménagée sous les combles. Depuis qu’il avait repris du service, il avait réinvesti cet appartement acheté naguère pour son fils. Après la mort de sa femme, il avait vendu le pavillon de banlieue et s’y était installé pour être plus proche de son travail. Il était déjà en âge de prendre sa retraite. Mais il avait refusé.

Dans ce capharnaüm, les cartons de son précédent déménagement n’avaient pas encore été déballés. Autant dire qu’il était de passage. D’ailleurs avait-il un jour été vraiment installé ? Il ne pouvait répondre à cette question, comme à bien d’autres d’ailleurs.

Les premiers accords de la Sixième Symphonie de Beethoven le tirèrent de son sommeil. C’était sa sonnerie de téléphone.”Oui, grommela-t-il d’une voix empâtée… On l’a arrêté ?!… Qui ça ? Quoi ? hurla-t-il presque en bondissant… Tu en es sûr?! … Et la pute… pourquoi il l’a butée ? ajouta-t-il en se calant au fond du fauteuil… Elle voulait le dénoncer… Le coup classique… C’est la tête de réseau… Il n’a pas été prudent. Et son frère ? Il est où ?… Blanc comme un mouton. C’est ça ! On finira bien par le coincer, lui aussi. Tu es sûr de ton coup ? »

Il maugréa puis raccrocha. Son front se plissa. Cette nouvelle venait bousculer ses hypothèses. Sur une feuille où était esquissé un organigramme aux multiples ramifications, le stylo bic dont sa main de gorille s’était emparée biffa le nom de Fox. Au-dessus était accolé celui de Maïa.

C’était plus fort que lui, il n’aimait pas ce type. Nathanaël lui inspirait de la répulsion. Il ne savait même pas se battre. Il l’avait vu à la télé. C’était pitoyable. Cette façon de vous regarder avec des yeux d’épagneul anxieux ; cela le faisait vomir. Il ne savait pas à quoi cela tenait. Sans doute au milieu auquel Fox voulait appartenir et dont il était une photocopie, pis une copie ronéotypée, comme au temps du collège ! Ce qui le dégoûtait particulièrement, c’était la pitié et la suffisance.

Depuis qu’il s’était saisi de ce vieux dossier, ce cold case, pour reprendre le titre d’une série américaine, il avait l’impression de pédaler dans la choucroute. Certes Myriam Yacine lui avait mis la puce à l’oreille lorsqu’elle l’avait convoqué au cabinet ministériel ; elle lui avait même facilité certaines procédures. Mais cette décision de réouvrir le dossier n’appartenait qu’à lui seul. Seulement voilà, toutes les pistes s’arrêtaient devant le labyrinthe appelé « Driss Yacine ». Ce mec était insaisissable. Les documents que lui avait confiés sa sœur ne valaient pas tripette. Il avait bien interrogé la dénommée Julie avec laquelle il avait vécu un temps. Celle-ci lui avait décrit un homme imbu de lui-même mais doutant sans cesse, prétentieux, machiste, maniaco-dépressif, coureur de jupons ; bref, un personnage vide et sans consistance malgré ses brillantes performances académiques. Il avait certes arrêté de boire et de manger du porc ; il s’était même fait pousser un petit bouc, mais c’était pour se vieillir et se durcir le visage. La piste d’une bascule fondamentaliste était hautement improbable.

Par ailleurs, la nature de son travail aux Etats-Unis restait incertaine. Il était probable, à cause de son curriculum, qu’il se soit occupé d’antiterrorisme ; mais à quel niveau ? Là, les interventions de sa sœur n’avaient été d’aucun secours. Elle-même ignorait le job de son frère. En réalité, elle ne savait pas grand-chose de lui. C’était pareil pour sa nombreuse fratrie, dispersée aux quatre coins de la terre. Driss était le petit dernier.

Un petit détail chiffonnait Marleau : le père n’était pas mort comme elle le lui avait déclaré mais avait déserté le foyer familial. Le commissaire se gratta la joue. L’hypothèse du roman de Fox demeurait la seule valable.

Pour l’impliquer, il devait démontrer que l’écrivain avait un mobile. La cause de la mort du personnage dans la fiction tenait au désir de la victime de découvrir qui avait détourné le graphe originel, c’est-à-dire récrit par-dessus comme les palimpsestes des moines. Le détournement d’un graphe voulait dire qu’il ne méritait pas de concourir et par conséquent n’appartenait pas à l’Ordre des grapheurs. Donc son tag pouvait être effacé, gratté, bref disparaître. Cela pouvait être un cas de casus belli mais, habituellement, cela ne portait pas à conséquence. La piste la plus intéressante à exploiter se trouvait peut-être dans le parc même.

Marleau alluma une cigarette et ouvrit la fenêtre. Le dernier quartier de lune inondait la ville d’une clarté magnétique. Marleau alla se rasseoir et commença à griffonner sur une feuille de brouillon :

- Hypothèse une. Bien que n’habitant pas la ville, Driss était au courant de ces rencontres ; il avait été invité par quelqu’un du groupe. Qui ? Pourquoi ?

- Hypothèse deux. Driss a été convié au parc indépendamment d’un des membres du groupe. Questions récurrentes : Qui ? Pourquoi ? Et comment se fait-il qu’il connaissait l’endroit ?

Cela ne collait pas, il fouilla dans ses notes. Dans le rapport, il était dit qu’il avait travaillé comme professeur d’histoire-géo au retour des Etats-Unis. Or le lycée se trouvait aux Lys. À 400 m de là. Comment se faisait-il que les enquêteurs n’avaient pas exploité cette piste ?

Il leva les bras, pesta contre l’incompétence de ses collègues puis écrasa la gitane sur un vieux croûton de pizza.

La piste d’un rendez-vous galant devait être aussi à envisager. Apparemment, cette rencontre devait se dérouler en toute discrétion. Marleau se grattait furieusement la tête.

-Hypothèse trois, la plus simple et aussi celle qui avait été retenue par les autorités. Driss, alors qu’il était particulièrement déprimé, a sauté le mur afin de trouver un endroit à l’écart dans le but de se suicider.

Marleau s’alluma une autre cigarette. La vérité se trouvait sans doute à mi-chemin.

Son index appuya sur la touche start et l’ordinateur se réactiva. Sur sa messagerie, un message d’une collègue de la brigade de surveillance numérique surlignait en rouge un hyperlien.” Ça peut vous intéresser”, était-il précisé. Aussitôt il fut sur le blog de Lysandra. Alors un rire caverneux secoua sa carcasse. « Le connard, il n’a même pas pris la peine de changer d’adresse mail ».

Demain il appellera cette radio; il aurait bien quelques questions à poser à cette demoiselle si tant est qu’elle existe.

Puis la lassitude l’envahit. Il se leva, marcha de long en large, comme s’il cherchait à se débarrasser d’un poids soudain. Il s’adossa au bord de la fenêtre et respira un bon coup. Son regard balaya la pièce en désordre qui contenait toute sa vie puis se fixa sur le portrait d’un jeune ado souriant. Alors, brusquement, des larmes coulèrent sur ses joues.

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