Le blog de Fulvio Caccia

8 janvier 2016

Roman-feuilleton : RAIN BIRD (5)

Classé dans : Non classé — admin @ 11:34

p { margin-bottom: 0.21cm; direction: ltr; color: rgb(0, 0, 0); text-align: left; }p.western { font-family: “Times New Roman”,serif; font-size: 12pt; }p.cjk { font-family: “Andale Sans UI”,”Arial Unicode MS”; font-size: 12pt; }p.ctl { font-family: “Times New Roman”,serif; font-size: 12pt; } Je publie aujourd’hui le chapitre 5 de mon roman feuilleton : Rain Bird

5.

La file d’attente se prolongeait jusqu’au trottoir. L’heure de la sortie des bureaux n’était pas encore commencé et cependant la boulangerie ne désemplissait pas. Fox prit place à l’intérieur de la file. D’autres clients vinrent la grossir. Le métro les régurgitait par grappes sur la placette en forme de pointe de couteau. Le flux des voitures remontant de la capitale butait contre elle et se scindait en deux, reflet à cet égard de l’identité biface de cet ancien village devenu un nouveau bobo-land. À droite se trouvait la partie populaire, artisanale, industrieuse avec ses ateliers reconvertis en lofts, avec ses garages et ses sentes serpentant parmi les maisons. À gauche, la partie résidentielle, pavillonnaire, plus ancienne, tournée vers le bois.
Fox habitait à la lisière de ce quartier, sous le coteau surplombant le cimetière. Il avait racheté sa curieuse bicoque de grès à un original qui lui avait laissé pinceaux et chevalet. Comme s’il avait deviné en lui un compagnon de fortune.
Il n’avait pas trahi ce pacte. Même après avoir acheté avec Judith un pavillon un peu plus haut, il venait y écrire et peindre. C’était son « refuge », comme il l’appelait. C’est là qu’il aimait à s’isoler quand il y avait de l’eau dans le gaz dans son couple. Heureusement qu’il n’avait pas cédé pour le revendre, en dépit des offres des agences immobilières.

Fox se retourna pour mesurer l’allongement de la file. Les visages de ceux qui attendaient lui étaient familiers pour la plupart. Cela faisait maintenant quinze ans qu’il habitait dans cette ville. Et pourtant, quelque chose en elle continuait de lui échapper. Ce qu’il appelait le « génie des lieux ». Depuis longtemps, il était convaincu que celui-ci se trouvait tout entier dans le bois dont la ville était issue et autour duquel elle avait fini par se déployer. Ce bois qui, jadis, occupait l’essentiel du territoire, demeurait comme une sorte de terra incognita protégée par des barbelés, à cause des fontis et crevasses aussi nombreux que des trous dans un gruyère.

Un homme aux cheveux blancs, un rubis au lobe de l’oreille gauche, le salua. Fox en fit autant même s’il n’était pas sûr de bien l’avoir reconnu. Mais où diable l’avait-il croisé ? Le temps avait passé ; il n’était plus l’anonyme étranger de naguère.

Le portable vibra dans sa poche. C’était Judith. À sa voix, il comprit qu’elle voulait le voir sur-le-champ, qu’elle ne disposait que d’une heure avant son prochain patient et qu’il ne fallait pas qu’il soit en retard.

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article. URL de rétrolien

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.

Propulsé par WordPress