Le blog de Fulvio Caccia

17 janvier 2016

Roman-Feuilleton : Rain Bird (12)

Classé dans : Non classé — Tags :, — admin @ 18:59

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12.

    • On frappe avant d’entrer, grommela Marleau, devant la fenêtre. Il observait les arbres du square.

Fox vit une masse sombe se découper dans la pénombre tandis que le vent jouait avec les stores vénitiens.

    • On prévient avant de fouiller chez les gens, lui répondit-il du tac au tac.

Marleau se retourna à demi ; un rictus tordait son visage.

    • Vous n’étiez pas là. Et puis quelle idée de laisser son portable à la maison !

    • Quelle idée de rester dans le noir. Vos supérieurs vous obligent à faire des économies aussi sur le courant électrique ?

Marleau ricana.

    • Je n’aime pas l’éclairage au néon. Où étiez-vous donc ?

    • Parti me reposer dans l’Aude.

    • Jolie région. Ma mère y était originaire.

D’une pichenette, il jeta son mégot par la fenêtre puis alluma la lampe de son bureau. La pièce s’éclaira et apparurent une armoire métallique, une vielle patère et un bureau enfoui sous les dossiers. Marleau s’épongea le front puis s’écroula dans son fauteuil. Le bruit du ventilateur meubla un moment le silence. Les deux hommes se toisaient. Fox était resté debout, refusant l’invitation de s’asseoir que l’inspecteur lui avait faite de la main.

    • Alors, que me voulez-vous encore? demanda Fox en tâchant de maîtriser sa colère.

    • Vous avez raison. Entrons dans le vif du sujet.

L’inspecteur mit ses lunettes et ouvrit un dossier.

    • Vous connaissez une jeune Indonésienne qui se fait appeler Maïa, enfin… qui se faisait…

Fox hésita mais ne pipa mot.

    • On a retrouvé son cadavre tout près du périph la semaine dernière…

Il lui tendit une photo d’une jeune asiatique qui semblait dormir paisiblement dans l’herbe, n’eut été cette blessure à la gorge. Marleau se gratta la nuque.

    • Dommage, un beau brin de fille.

    • Vous avez des indices ? demanda Nathanaël.

Marleau sourit en croisant les doigts sur sa bedaine.

    • Eh bien justement, c’est pour ça que je vous ai convoqué.

    • Venez-en au fait, dit Fox.

    • J’y viens. Il se trouve que la dernière fois qu’on l’a vue vivante, c’était le vendredi en huit, en compagnie d’un homme qui vous ressemblait.

Le commissaire le fixa.

    • Vous n’étiez pas un de ses clients, par hasard?

    • Je ne l’ai jamais vue, mentit Fox.

Marleau se cala dans son fauteuil qui grinça.

    • C’est embêtant, ça… Pourtant, ses copines ont dressé un portrait-robot qui colle drôlement à votre signalement.

Le commissaire lui lança un regard dubitatif.

    • De surcroît, des caméras vidéo ont enregistré à cette heure-là les déambulations d’un homme à peu près dans votre genre.

Nathanaël sentit une sueur froide lui descendre le long de l’échine.

    • Vous mentez très mal, monsieur le psy, soupira le policier en croisant les doigts. Je pourrais vous confondre avec les camarades de travail de cette pauvre fille ; je pourrais vous mettre en détention provisoire, mais je ne le ferai pas.

    • Pourquoi ?

Le commissaire fit pivoter son fauteuil de gauche à droite.

    • Comment trouvez-vous mon bureau ? Il est exactemnt comme celui que vous décriviez dans votre roman, non ? !

Fox resta coi. Marleau posa ses mains sur la table de métal.

    • Moi je trouve que oui.

Il mit son menton dans la paume de sa main et le dévisagea.

- Quelle imagination ! On dirait que vous êtes déjà venu ici. Vous m’épatez ! Vous pratiquez sans doute le voyage astral comme les adeptes du Septième Ciel. Au fait, on a en retrouvé dans le sang de cette pauvre malheureuse.

Fox baissa les yeux.

    • Vous n’avez pas répondu à ma question.

    • Il est très bien votre bureau : un vrai bureau d’enquêteur ! Désolé, je ne suis pas devin et je ne pratique pas le voyage astral. Et je ne m’immisce pas dans la tête des gens.

    • Ah ! Dommage. Je croyais pourtant, comme romancier…

Il soupira.

    • Je vous envie, continua l’inspecteur. Moi, voyez-vous, je suis toujours pris dans la même routine : on arrête des mecs, on les questionne, ils nient, mentent puis craquent. On les enferme, ils ressortent, on les rechope, toujours les mêmes gueules de tarés. Et c’est reparti pour un tour. Parfois, heureusement, il y a des variantes… du nouveau.

    • Qu’est-ce que vous sous-entendez ? Si vous avez des soupçons, arrêtez-moi ! exigea Fox.

    • Non, ce serait trop facile. Et puis il n’y aurait plus de suspense.

    • A quoi jouez-vous ?

    • Vous vous croyez plus important que vous en avez l’air.

Il le toisa et fit mine de ne pas saisir l’allusion. Le ton de sa voix baissa d’un cran.

- Que vous l’ayez sautée ou butée, je m’en contre-fous.

    • Qu’est-ce qui vous intéresse alors?

Un petit rire nerveux siffla entre les dents du commissaire et se transforma en quinte de toux.

    • Je vois. Vous voulez que je serve d’appât.

    • C’est vous qui le dites.

Marleau croisa la pointe de ses doigts en forme de triangle et dit d’une voix paisible :

    • Je ne vous retiens pas. Vous êtes libre.

Il lui tendit une feuille pour récupérer son ordinateur à l’entrée. Fox resta interdit. Lorsque, enfin, il s’en saisit ou plus précisément l’arracha de ses mains, le commissaire l’interpella d’une manière presque affectueuse.

    • Vous avez besoin de beaucoup de chance. Beaucoup.

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