Le blog de Fulvio Caccia

5 février 2016

ROMAN-FEUILLETON : RAIN BIRD (22)

Classé dans : Actualité — Tags :, , , — admin @ 19:02

L’arcane 22 qui n’est pas numérotére  c’est le Le Mat. Les symboles en sont le baluchon (image de nos bagages, de nos souvenirs…), le bâton (représente souvent une aide, un guide, un appui mais aussi un support…), le personnage en mouvement (image de fuite, de mouvement, d’action, d’aventure…), le chien (symbole de notre attachement à notre passé ou nos habitudes…).

*
Je vous rappelle la proposition formulée au début de cette année. Depuis le 4 janvier, je publie chaque jour (lorsque je n’oublie pas) les les trente-trois chapitres de ce roman inédit sur mon site www.fulvio-caccia.com. ici vous ne lirez qu’un extrait . Si vous voulez lire la suite vous n’aurez qu’à cliquer sur le lien du blogue. A bon entendeur, salut !

22.

La sonnette résonna à 8 h tapantes. Encore ensommeillé, je suis allé ouvrir. Un homme en bleu de travail, un cure-dent au coin de la bouche, attendait, accoudé dans l’embrasure de la porte. C’était Fernand, le menuisier. Derrière lui étaient empilées en bon ordre six boîtes à outils.

  • Bonjour, monsieur Fox ? Je ne vous réveille pas, j’espère.

Je le regardais, ahuri. Je lui ai fait signe d’entrer. J’avais complètement oublié qu’il venait aujourd’hui.

  • Tant mieux. Parce que, quand il est l’heure, il est l’heure ! dit-il jovial en entrant ses outils.

  • Vous voulez voir la maison ?

  • Inutile. Je la connais.

Mon interlocuteur devina ma perplexité.

  • L’ancien propriétaire m’avait déjà fait faire la cuisine et les escaliers.

  • Très bien ! Et vous croyez que trois semaines seront suffisantes pour finir le chantier ?

  • Largement.

Il posa la dernière boîte à outils par terre et se tourna vers moi, l’oeil espiègle.

  • Vous savez, je serai là huit heures par jour, cinq jours par semaine.

J’ai acquiescé en me dirigeant vers la cuisine, Fernand à ma suite.

- Quand madame Henriette m’a parlé de vous… ça a fait tilt! « Mais je le connais! C’est le type qui s’est bagarré à la télé ! » Même que je l’ai dit à ma femme… elle n’en revenait pas ! Méfie-toi quand même qu’elle m’a dit. Avec ces artistes, on ne sait jamais ! « Penses-tu ! » que je lui ai répondu. « Ce type est bon comme du bon pain, ça se voit sur sa figure ! »

  • Un café ? ai-je demandé, froidement.

  • Volontiers.

Les mains sur les hanches, le menuisier s’était planté devant la descente d’escalier et hochait la tête.

  • J’en ai bavé pour faire cet escalier. “Impossible!” avait dit l’architecte. Impossible, mais pas pour Fernand ! Regardez ! Il n’est pas beau, avec sa rampe dorée ! Les marches sont en iroko, un bois africain imputrescible. J’ai dû faire trois menuiseries pour en trouver.

  • Vous le voulez comment votre café ?

  • Fort !

Fernand s’engagea dans l’escalier, une boîte à outils dans chaque main.

Je le regardais monter en sifflotant ; à peine avais-je mis la cafetière italienne en marche que le téléphone sonna.

  • Je me suis permis de vous appeler, chuchota Henriette, car comme je savais que Fernand serait là ce matin, vous seriez sûrement réveillé.

  • Vous avez bien fait.

  • Il est un peu envahissant mais c’est un excellent ouvrier, vous verrez. Il est bien arrivé, non ?

  • Si, si.

Elle fit une pause et ajouta, plus bas.

  • Bon. Je voulais vous parler de notre petite enquête : j’ai continué mes recherches. Le médium de l’expérience se trouve être l’arrière-grand-mère de la victime. Son fils est parti aux colonies ; il avait une grande ferme dans les Aurès. Il s’est marié avec la fille du maire du village qui lui donna uniquement des filles. Le grand-père fut impliqué durant la guerre de libération. Mais il avait choisi le mauvais camp. Il fut assassiné. Le père de la victime jura de le venger avant de rentrer en France et puis de disparaître à son tour mystérieusement.

  • Etrange. On dirait une sorte de vendetta prémonitoire.

  • La question se pose : qui a tué le grand-père ?

Elle marqua une pause.

  • Vous ne devinerez jamais son nom ?

  • Je donne ma langue au chat.

  • Driss Yacine ! Comme la victime!

  • Comment le savez-vous ?

  • Eh bien, tous les mercredis, je fréquente un club de Scrabble. Il y a plusieurs dames qui ont eu de la famille en Algérie. Figurez-vous que l’une d’entre elles…

Le café siffla au même moment.

  • Je dois vous quitter, interrompis-je.

J’ai raccroché au même moment où Fernand descendait.

  • Alors ? Votre verdict ?

  • C’est ce que je pensais, deux semaines de travail à plein temps. Peut-être un peu plus.

Le menuisier se gratta la tête.

    • C’est la plomberie. Qui l’a faite ?

    • C’est moi !

Il sourit d’un air entendu.

    • Je vois. Ne vous inquiétez pas. Je vais rattraper le coup.

17 janvier 2016

Roman-Feuilleton : Rain Bird (12)

Classé dans : Non classé — Tags :, — admin @ 18:59

p { margin-bottom: 0.21cm; direction: ltr; color: rgb(0, 0, 0); text-align: left; }p.western { font-family: “Times New Roman”,serif; font-size: 12pt; }p.cjk { font-family: “Andale Sans UI”,”Arial Unicode MS”; font-size: 12pt; }p.ctl { font-family: “Times New Roman”,serif; font-size: 12pt; }

12.

    • On frappe avant d’entrer, grommela Marleau, devant la fenêtre. Il observait les arbres du square.

Fox vit une masse sombe se découper dans la pénombre tandis que le vent jouait avec les stores vénitiens.

    • On prévient avant de fouiller chez les gens, lui répondit-il du tac au tac.

Marleau se retourna à demi ; un rictus tordait son visage.

    • Vous n’étiez pas là. Et puis quelle idée de laisser son portable à la maison !

    • Quelle idée de rester dans le noir. Vos supérieurs vous obligent à faire des économies aussi sur le courant électrique ?

Marleau ricana.

    • Je n’aime pas l’éclairage au néon. Où étiez-vous donc ?

    • Parti me reposer dans l’Aude.

    • Jolie région. Ma mère y était originaire.

D’une pichenette, il jeta son mégot par la fenêtre puis alluma la lampe de son bureau. La pièce s’éclaira et apparurent une armoire métallique, une vielle patère et un bureau enfoui sous les dossiers. Marleau s’épongea le front puis s’écroula dans son fauteuil. Le bruit du ventilateur meubla un moment le silence. Les deux hommes se toisaient. Fox était resté debout, refusant l’invitation de s’asseoir que l’inspecteur lui avait faite de la main.

    • Alors, que me voulez-vous encore? demanda Fox en tâchant de maîtriser sa colère.

    • Vous avez raison. Entrons dans le vif du sujet.

L’inspecteur mit ses lunettes et ouvrit un dossier.

    • Vous connaissez une jeune Indonésienne qui se fait appeler Maïa, enfin… qui se faisait…

Fox hésita mais ne pipa mot.

    • On a retrouvé son cadavre tout près du périph la semaine dernière…

Il lui tendit une photo d’une jeune asiatique qui semblait dormir paisiblement dans l’herbe, n’eut été cette blessure à la gorge. Marleau se gratta la nuque.

    • Dommage, un beau brin de fille.

    • Vous avez des indices ? demanda Nathanaël.

Marleau sourit en croisant les doigts sur sa bedaine.

    • Eh bien justement, c’est pour ça que je vous ai convoqué.

    • Venez-en au fait, dit Fox.

    • J’y viens. Il se trouve que la dernière fois qu’on l’a vue vivante, c’était le vendredi en huit, en compagnie d’un homme qui vous ressemblait.

Le commissaire le fixa.

    • Vous n’étiez pas un de ses clients, par hasard?

    • Je ne l’ai jamais vue, mentit Fox.

Marleau se cala dans son fauteuil qui grinça.

    • C’est embêtant, ça… Pourtant, ses copines ont dressé un portrait-robot qui colle drôlement à votre signalement.

Le commissaire lui lança un regard dubitatif.

    • De surcroît, des caméras vidéo ont enregistré à cette heure-là les déambulations d’un homme à peu près dans votre genre.

Nathanaël sentit une sueur froide lui descendre le long de l’échine.

    • Vous mentez très mal, monsieur le psy, soupira le policier en croisant les doigts. Je pourrais vous confondre avec les camarades de travail de cette pauvre fille ; je pourrais vous mettre en détention provisoire, mais je ne le ferai pas.

    • Pourquoi ?

Le commissaire fit pivoter son fauteuil de gauche à droite.

    • Comment trouvez-vous mon bureau ? Il est exactemnt comme celui que vous décriviez dans votre roman, non ? !

Fox resta coi. Marleau posa ses mains sur la table de métal.

    • Moi je trouve que oui.

Il mit son menton dans la paume de sa main et le dévisagea.

- Quelle imagination ! On dirait que vous êtes déjà venu ici. Vous m’épatez ! Vous pratiquez sans doute le voyage astral comme les adeptes du Septième Ciel. Au fait, on a en retrouvé dans le sang de cette pauvre malheureuse.

Fox baissa les yeux.

    • Vous n’avez pas répondu à ma question.

    • Il est très bien votre bureau : un vrai bureau d’enquêteur ! Désolé, je ne suis pas devin et je ne pratique pas le voyage astral. Et je ne m’immisce pas dans la tête des gens.

    • Ah ! Dommage. Je croyais pourtant, comme romancier…

Il soupira.

    • Je vous envie, continua l’inspecteur. Moi, voyez-vous, je suis toujours pris dans la même routine : on arrête des mecs, on les questionne, ils nient, mentent puis craquent. On les enferme, ils ressortent, on les rechope, toujours les mêmes gueules de tarés. Et c’est reparti pour un tour. Parfois, heureusement, il y a des variantes… du nouveau.

    • Qu’est-ce que vous sous-entendez ? Si vous avez des soupçons, arrêtez-moi ! exigea Fox.

    • Non, ce serait trop facile. Et puis il n’y aurait plus de suspense.

    • A quoi jouez-vous ?

    • Vous vous croyez plus important que vous en avez l’air.

Il le toisa et fit mine de ne pas saisir l’allusion. Le ton de sa voix baissa d’un cran.

- Que vous l’ayez sautée ou butée, je m’en contre-fous.

    • Qu’est-ce qui vous intéresse alors?

Un petit rire nerveux siffla entre les dents du commissaire et se transforma en quinte de toux.

    • Je vois. Vous voulez que je serve d’appât.

    • C’est vous qui le dites.

Marleau croisa la pointe de ses doigts en forme de triangle et dit d’une voix paisible :

    • Je ne vous retiens pas. Vous êtes libre.

Il lui tendit une feuille pour récupérer son ordinateur à l’entrée. Fox resta interdit. Lorsque, enfin, il s’en saisit ou plus précisément l’arracha de ses mains, le commissaire l’interpella d’une manière presque affectueuse.

    • Vous avez besoin de beaucoup de chance. Beaucoup.

Propulsé par WordPress