
La semaine dernière lors de la marche l’Ukraine à Paris, une militante ukrainienne rappelant les anciennes déclarations
d’Alexeï Navalny pour conserver l’Ukraine dans le giron russe, l’avait comparé à un clone de Poutine. Cette affirmation navrante sinon maladroite quelques jours après la mort de ce dissident exemplaire n’est cependant dépourvue de vérité. Car si Navalny ressemblait au despote du Kremlin, c’est parce que Poutine face à lui était devenu sa caricature, une marionnette ridicule et piaffante.
L’ironie est un puissant dissolvant du pouvoir des autocrates. C’est ce tournant ironique qui a sans doute donné au combat de Navalny sa prégnance 
Ces réflexions du philosophe français datent de la guerre froide. Elles demeurent plus que jamais d’actualité aujourd’hui à l’heure où l’on a enterré le dissident russe. Ces propos ont une autre vertu : celle de jeter une lumière inédite sur les liens que l’ironiste tisse avec l’autocrate. Et plus encore. Le modèle du clown triste, c’est l’Auguste. Son nom d’origine de l’argot berlinois qui veut dire « idiot ». Un dimanche de 1874, un garçon de piste du Circus Renz à Berlin trébuche sur la piste et s’effondre de tout son long dans la sciure. C’est l’hilarité générale. « Auguste » le clown qui fait écho au fou du roi du moyen-âge était né et aussitôt baptisé. Auguste renvoie aussi au premier empereur de l’Empire romain — Auguste — que les autocrates ont cherché à imiter depuis le Saint Empire romain germanique jusqu’au 3e Reich. Les vrais Augustes aujourd’hui ne sont pas ceux que l’on croit. A bon entendeur.


