Le premier tour des élections présidentielles en France a décanté les trois forces homogènes en acte depuis l’avènement de l’état-nation. Il s’agit du bloc libéral, du bloc national et enfin du bloc social et  de leurs idéologies correspondantes.

 Il serait tentant de reprendre la nomenclature de la Révolution française pour les désigner ( montagnard , jacobin, royaliste…) Contentons-nous simplement de désigner les notions auxquelles elles renvoient et le courant gémellaire qu’elles ont occultés voire écrasées pour y parvenir. Le libéralisme s’appuie sur l’économie en ayant largement phagocyté le libéralisme politique qui le légitime, le nationalisme, lui, s’adosse sur la nation en assujettissant à l’État, puissance normative et mimétique . Le socialisme enfin s’appuie sur la société, induisant dans ses extrêmes la domination du plus grand nombre sur les minorités.

Ces trois courants n’ont cessé de se disputer l’État depuis 150 ans. Sous leurs divers avatars et appellations (social démocrate, national républicaine, chrétien démocrates… ils ont essayé d’orienter les appareils de l’État en fonction de leur logique propre ; ceci pour le meilleur (l’État-Providence héritage du Conseil national de la résistance) ou pour le pire (la Révolution nationale du Maréchal Pétain).

Aujourd’hui à nouveau les voici réduits à leur élément chimiquement pur. Les recomposition politiques antérieures ayant échoué, elles sont condamnés à se recombiner de nouveau entre elles pour conquérir le pouvoir. Dans leur recombinaison  que l’on pourrait dire se joue l’avenir de la France. ( Mais il en va de même  des autres démocraties). L’une peut nous sortir de la crise globale par le haut ; l’autre nous y enfoncer par le bas. Le ciel ou l’enfer. La guerre en Ukraine n’y est pas étrangère. Pourquoi ? Parce qu’elle est a rendu visible la fracture entre la démocratie et les divers mouvements politique qu’a induit la Révolution industrielle.

Le libéralisme

On associe la démocratie au libéralisme qui a permis la liberté d’expression politique autant que la liberté d’entreprendre. Au fil des décennies, le libéralisme économique a fini par se dissocier du premier en rendant pratiquement inopérant le liberté d’autrui tel que le stipule le célèbre article 4 de la Déclaration des droits de l’homme. S’en suit une inégalité de fait que l’État est censé corriger en tenant compte des corps intermédiaires, issus des combats pour tempérer les dérives du libéralisme économique première façon . Car le libéralisme sans éthique, naguère impulsé par le protestantisme, sans le contrepoids des syndicats, des collectivités territoriales ou des associations, peine à s’autoréguler car sa nature est profondément inégalitaire. C’est sa force mais aussi sa faiblesse comme l’illustre la fameuse fable de la grenouille et du scorpion .

 Le socialisme

 Pour contrer le feu de hyperindividualisme, il importe de lui opposer un contre feu puissant : le socialisme. Jusqu’ici,  dans les démocraties occidentales, le socialisme a cherché à moduler sa volonté de puissance en faisant alliance avec le libéralisme politique qui lui est consubstantiel sans se méfier de l’autre libéralisme ( l’économique ) qu’il introduisait comme le cheval de Troie au sein de son projet programmatique. C’est ainsi qu’au lieu d’ordonner l’intendance, le socialisme s’est mis à son service. Par conséquent il est devenu l’idiot utile de l’ultra-libéralisme économique en avalisant ses politiques économiques censées proposer une redistribution raisonné de la richesse. La raison toute puissante a eu raison de l’émotion de ses origines populaires.

Le nationalisme

Le nationalisme est un perversion du patriotisme et un détournement de la nation. Nul autre que George Orwell l’a défini avec perspicacité. Le vrai patriote, disait-il, aime sa patrie dans toute sa diversité comme une aime une personne sans exclusive. Le nationaliste a un amour conditionnel à la nation et veut la modeler à son idéal ; soustrayant de ci, de là quelques singularités ethniques, religieuses, ou sexuelles qui lui déplaisent. Il envisage le triomphe de  cet idéal comme une lutte pour la civilisation perdue qu’il veut rétablir. Le nationalisme est un révisionnisme qui profite des failles et des erreurs des libéraux et des socialistes. Pour conquérir le pouvoir et qui plus est, le pouvoir absolu, il a besoin de faire alliance avec une autre composante politique chimiquement pure.

Décomposition

Or cette alliance n’est possible que si la décomposition du champs politique est suffisamment avancée pour libérer les forces sociales des alliances antérieures. Cela advient au moment de crise (économique, sociale) ou à l’occasion de guerres. Aujourd’hui nous nous trouvons à la croisée des unes et des autres. Car quelle est la nature des crises actuelles sinon qu’elles ont la particularité d’être à la fois régionales et mondiales. Ces sont des crises quantiquesau sens physique du terme comme l’avait déjà saisi le philosophe grec Démocrite. Mais aussi des crises spirituelles. Les mouvements extrémistes l’ont compris en refondant dans la religion les  valeurs qu’ils estiment  avoir été trahies par les forces  de dissolution du marché.

En France la révolte des gilets jaunes, la pandémie du Covid et maintenant la guerre en Ukraine ont favorisé cette décomposition déjà en acte depuis la Chute du Mur de Berlin. Le triomphe de l’ultralibéralisme, portée par la puissance militaire et économique des États-Unis a crée en une formidable illusion. Comment ? En faisant croire que le libéralisme politique suivrait ! Ce qui a poussé les États-Unis de Georges Bush a conduire une guerre en Irak et en Afghanistan. Dans le premier cas pour contrer le débordement expansionniste du parti Baas instrumentalisé par  Saddam Hussein et dans l’autre, le fanatisme islamiste des talibans. Avec les résultats catastrophique que l’on sait. Cette décomposition qui se décline en fonction des cultures politiques de chaque pays a été accentué par les réseaux sociaux qui ont ouvert l’espace public tout en réduisant paradoxalement le plein usage de sa réception. La trollisation réduit l’espace public en désert plein de bruit et de fureur.

 Recomposition

En 2017 en France, Emmanuel Macron avait bien analysé la décomposition politique en cours. Il s’est proposé d’y mettre une terme en faisant la jonction entre le socialisme et le libéralisme. Cette proposition a été soutenue par les Français qui lui ont fait confiance en lui accordant en prime la majorité à l’Assemblée nationale. Mais en bon libéral, il n’ pas pu ou su résister à l’exercice d’un pouvoir solitaire et jupitérien : un pouvoir individuel. Sa nature, aidée en cela par la Constitution de la 5eRépublique,  l’a conduit à proposer des solutions libérales qui peuvent sembler généreuses a priori mais dépassées dans les faits. Inutile de détailler ici les divers avatars de sa politique. Ce jeune président a utilisé un vieux logiciel. Il a échoué à conduire à son terme la recomposition dont il avait si opportunément compris la dynamique.

 A l’inverse le parti des insoumis de Jean-Luc Mélenchon se trouve aujourd’hui à avoir pris la mesure exacte de l’exaspération des Français en proposant un nouveau logiciel social économique et écologique. C’est autour de son mouvement que gravite désormais la vie politique de la France. De la sorte se dessine le nouvelle polarité qui se sont de tout temps confrontées.

Mais aujourd’hui les enjeux dépassent les seuls frontières nationales. La guerre en Ukraine donne la mesure ou la démesure de la recomposition en cours. Elle a pour nom le national-libéralisme. Désormais les nationalistes n’ont plus besoin de la caution du socialisme pour s’accaparer du pouvoir absolu, comme Mussolini et Hitler l’avaient fait en leurs temps. Ils n’ont qu’a retourner le libéralisme contre la démocratie qui lui a donné naissance et s’en servir comme alibi et comme instrument de contrôle économique et social. D’où aussi l’instrumentalisation religieuse de cette confrontation. Devant cette internationale des national-libéraux, il faut opposer une authentique internationale des libéral-socialistes. L’avenir des nations mais aussi du monde en dépend. Mais il faut faire vite.

A bon entendeur, salut !


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