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Davide Napoli ou la poésie comme performance

Le Lapsus de l’ombre, éditions unicité, Paris, 2020

S’il y a un artiste qui décline la poésie comme performance, c’est bien Davide Napoli. Depuis plus de vingt-cinq ans, ce plasticien s’est saisi du corps en motion pour recréer l’émotion ; cet instant où le « geste [entre] en effraction », pour reprendre un vers de son dernier opus, « Le lapsus de l’ombre ». Mais de quelle effraction s’agit-il ? Celle de « la lumière sans ombre, résistance de la mémoire »  dont il poursuit la quête en croisant les disciplines  ? Peut-être, car cette lumière si particulière ne peut qu’émaner du corps glorieux, qui se libère de la pesanteur des contingences pour devenir spirituel au sens propre et figuré. Et pour le dépeindre rien de tel que la peinture, le corps filiforme giocomettien qui orne la couverte de son livre l’atteste, s’il en était besoin, mais il y a également le travail en commun que l’auteur conduit avec d’autres artistes : la plasticienne Wanda Mihuleac, infatigable animatrice des éditions Transignum et la chorégraphe Isabelle Maurel avec lesquelles, il signe Noli me tangere, livre christique s’il en est ; ou encore avec Bonnie Tchien Hwen-Ying dont l’ombre du corps tout de cuir moulé, hante les pages d’Errances cristallines, son 5e recueil (relatant la performance de cette dernière). Napoli se fait tour à tour témoin et/ou acteur de la scène inversant les rôles de l’un ou de l’autre, les mettant à l’épreuve de l’Expérience : l’expérience du corps dans l’espace.

Il faut voir ce grand échalas d’un 1 m 85 se déplier lentement pour tenter de coïncider avec l’instant où la poésie, fugace, advient avant de s’enfuir déjà. Toute sa recherche est là : dans cette poursuite incessante et opiniâtre qui se renouvelle chaque fois. Sans le savoir ou en le sachant peut-être, Napoli renouvelle la quête de l’instant présent, le Kairos où le temps du désir coïncide avec le temps. C’est cette posture que défendaient jadis les anciens alors que la poésie n’était pas encore écrite et qu’elle se devait se « faire », se dire, s’inventer, de s’incarner, vivre, comme l’atteste d’ailleurs son étymologie. Passage obligé de la violence originelle dont les religions païennes cherchaient à se dédouaner par le symbolique. Cette disjonction entre vie et écriture ne cessera depuis de hanter tous les écrivains jusqu’à la modernité de Rimbaud ou celle encore de la NRF de Gide.

Cette disjonction est le territoire que travaille la performance en général et Davide Napoli en particulier. Enseignant la méthodologie et les techniques du contemporain à Paris I, l’auteur qui a été formé à l’École des Beaux-arts de Palerme, sa ville natale, connaît bien ce hiatus. Il l’a théorisé dans « Videsse la vitesse » dans une publication plus ancienne parue aux éditions Transignum. Les mots peuvent aussi être des pièges masquant ce vide que l’on cherche  à nommer sans tout à fait y parvenir. C’est dans cette imperfection, ce tremblement que le hiatus dit ce qu’il ne devrait pas dire : le lapsus. Vous l’aurez compris, la poésie de Napoli n’est pas dans le texte écrit. Elle est dans la vie : dans sa mémoire.

Mais laissons le dernier mot au poète. Saut du corps salto del corpo/ombre d’air/aux bruits de la beauté/mon souvenir il moi ricordo/son lapsus.

À bon entendeur…

Robert Burns

robert.burns@free.fr

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